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Le cimetière de Sapanta

19 septembre 2011  /   47 views
By anne@25saul
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ROUMANIE

Cimetière dit gai ou  joyeux

À l’extrême nord des Maramures, pays du bois, tout près de la frontière ukrainienne, dans le village de Sapânta,un cimetière unique au monde : une multitude de croix de bois aux couleurs éclatantes conte un demi-siècle de la vie du village. Qualifié de « joyeux », par les touristes venus ici dans les années 60, ce cimetière est en grande partie l’oeuvre de Stan Ioan Patras (1909-1977).
Tout a commencé en 1934 quand, ébéniste local, Patras a demandé que la future croix de sa tombe, préparée avant sa mort, taillée dans du bois de chêne, soit décorée de couleurs vives Pendant de nombreuses années il a consacré sa vie aux morts en leur confectionnant un hommage personnalisé. Pour chacun, une petite scène en bas-relief représente un des traits majeurs de l’individu ou les circonstances de sa mort. En dessous, une épitaphe complète le dessin, souvent avec humour et tendresse. Sa couleur préférée, le bleu, fut nommée « bleu Sapanta » par les experts ultérieurs. Il utilise des couleurs symboliques : Vert, la vie ; Jaune, la fertilité ; Rouge, la passion ; Noir, la mort.
Un livre d’images : plus de 700 tombes qui immortalisent le défunt par un trait de caractère sculpté sur une croix de bois ciselée et surmontée d’un auvent. Soit un véritable musée ethnographique. Le sculpteur a traduit dans un court poème la tristesse des vivants et les réalités parfois dures de la vie des défunts. Chaque épitaphe est écrite à la 1ère personne. Sur certaines d’entre elles, une face raconte la vie et l’autre la mort du défunt.
Son successeur , »Dimitri Pop » dit « Tincu », fut son élève dès l’âge de neuf ans. Il s’installa dans sa maison à Hoteni, pour prendre la suite..
Cette oeuvre fait partie du Patrimoine de l’UNESCO depuis 2004. Ce cimetière fut classé en 1998 au premier rang en Europe et au deuxième niveau mondial, après la « Vallée des Rois » en Égypte.
On associe ce cimetière à la culture des Daces dont la philosophie se basait sur l’immortalité et qui considéraient la mort comme un moment de joie car le défunt arrivait dans une vie meilleure. Les Daces, peuple indo-européen, occupaient un territoire situé entre les Carpates, le Danube et la mer Noire. De leur nom dérive le nom romain de ce territoire, la Dacie. Appelés Gètes par les Grecs et Daces par les Romains, ils faisaient partie de la grande famille des Thraces et leur présence est attestée depuis la haute Antiquité. Ils parlent un dialecte thrace (langue indo-européenne). Leur religion semble fondée sur les  divinations et les initiations.
Selon le rituel du décès, le défunt reste trois jours chez lui afin que parents et amis puissent se recueillir. Au moment de l’enterrement, un cortège accompagne le cercueil dans tout le village pour un dernier « au revoir ». Puis de l’église, il rejoint le cimetière, et un repas est organisé chez la famille en compagnie du Pope. Ce repas, appelé « Pomana », est constitué d’un riz pilaf à la poule, de sarmalés (feuilles de choux farcis). 45 jours après le décès une nouvelle « Pomana », puis 6 mois après, ensuite le défunt est commémoré chaque année.

Épitaphes

1
 » Ici, c’est moi qui repose
Pop Grigore est mon nom
J’ai aimé le tracteur
Et me consoler avec l’alcool
Triste j’ai toujours vécu
Car mon père m’a quitté petit
Ce fut peut-être mon destin
J’ai vite quitté la vie
La mort me prit jeune,
A 33 ans.  »

2
La Tuica (alcool très fort) est un venin propre
qui apporte souffrance et pleurs, comme à moi.
La mort sous les pieds, elle m’a conduite…
Si vous aimez la Tuica comme moi, il vous arrivera la même chose qu’à moi.
J’ai tant aimé la Tuica que je suis mort avec elle entre les mains.
Ici repose Dimitru Holdis – 45 ans, mort de mort forcée en 1958.

3
Là que je reste, moi Gheorghe moldave de mon nom.
J’ai travaillé avec les chevaux durant toute mon existence et maintenant je les attelle pour aller chercher du bois pour le vendre à ceux qui n’en ont pas.
Ma route se termine pour enfin me reposer, mais j’aurai voulu vivre plus longtemps afin de ne pas me retrouver en poussière.
J’ai quitté ce monde à l’âge de 59 ans.
Décédé en 1986.    »

4
Stan Ion Patras  (1908-1977)
Quand j’étais petit, on m’a appelé Stan Ion Patras.
Braves gens, voici les paroles de mon coeur que je vous confie
« Chaque jour de mon existence, j’ai voulu apporter de l’aide
à celui qui le demandait dans la mesure de mes moyens
sans vouloir un seul instant faire du mal à quiconque,
Ah, ce « Monde de Pauvres »,
Qu’il y est difficile d’y vivre…
Sur cette croix que j’ai commandée pour moi-même
à deux de mes élèves qui l’ont conçue à mon goût
Turda Toader et Stan Vasile
Que Dieu les protège.

5
Dès l’âge de 14 ans, j’ai dû gagner ma vie
en coupant du bois dans la forêt avec ma hache et mon « tapin »
C’était un travail épuisant.
Mon père est parti à la guerre et il n’en est point revenu
Nous étions trois petits enfants
seuls contre tous les soucis et les méprises de la vie.
Ah, comme j’aurais aimé vivre encore plus,
pour prendre le temps d’accomplir mes rêves…

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